Comment le podcast transforme-t-il la manière de raconter des histoires à la radio ?
Retour sur une journée de formation au storytelling à la RTBF, consacrée aux écritures sonores, aux récits incarnés et aux nouvelles formes narratives du podcast.
J’ai eu la chance d’intervenir tout récemment lors d’une journée consacrée au storytelling à la RTBF à Bruxelles. Une occasion d’échanger avec les professionnels de la radio et de la télévision du groupe (réalisateurs, producteurs, journalistes et collaborateurs), et d’explorer ensemble l’univers du podcast.
Au-delà d’un panorama de la production francophone, il s’agissait d’explorer un écosystème en constante évolution : un espace où la narration se réinvente, où l’écoute devient plus intime, où les voix prennent le temps de déployer des récits dans d’autres formes et temporalité que sur des ondes hertziennes. La diversité des formats, la liberté des tons, l’émergence de nouvelles postures d’auteur·ices et de podcasteur·ices… Autant de sujets qui ont nourri un partage d’expériences riche..
L’objectif n’était pas seulement de dresser un panorama, mais de donner des clés de lecture et des outils narratifs aux professionnels de la radio et de la télévision, pour penser, et parfois repenser, leurs manières de raconter.
Radio et podcast : une même envie d’histoires, des façons de les raconter
Si la radio pose ses rendez-vous, le podcast, lui, se consomme à la carte. Pas d’horaire fixe, pas de grille : on écoute quand on veut, où on veut. Cette liberté change les habitudes, mais le désir reste le même : écouter des histoires bien racontées.
Et ces histoires, le podcast les décline autrement. Certaines voix prennent le temps de déployer des récits longs et immersifs ; d’autres misent au contraire sur des formats plus rapides, plus directs, très prisés des jeunes auditeurs. Documentaires sériels, conversations intimistes, récits incarnés… chaque podcast invente sa couleur.
Surtout, il y a les incarnations. Là où la radio s’ancre dans des voix reconnues, souvent institutionnelles, le podcast met en avant des auteurs, des journalistes, des passionnés qui portent eux-mêmes leurs récits. Le ton, la subjectivité, la proximité deviennent des matériaux à part entière.
Quand le podcast réinvente le storytelling
C’est une idée forte qui est ressortie : le podcast s’appuie sur des matériaux familiers de la radio (archives, reportages, créations sonores), mais il les travaille différemment.
On peut partir d’archives, mais pour les faire vivre autrement ; collaborer avec des auteurs et autrices pour explorer des formes hybrides ; travailler avec des réalisateurs pour inventer de nouvelles écritures.
Ce qui change, c’est l’approche : le podcast ne s’inscrit pas dans une grille, mais dans une logique de série, de saison, de binge-listening. Même lorsqu’il raconte le réel, il emprunte aux codes de la fiction : construction dramatique, cliffhangers, narration sérielle. Cette hybridation — entre documentaire et fiction, entre journalisme et récit — ouvre des territoires narratifs inédits.
Qui raconte ? La question de l’incarnation
Et ces histoires, qui les raconte ? Qui sont ces voix qui nous accompagnent dans nos trajets, nos balades, nos insomnies ? Pourquoi certains podcasts captivent en quelques secondes ?
Il y a d’abord la narration immersive, qui place l’auditeur·rice au cœur de l’action. Le documentaire, qui construit une dramaturgie du réel. La conversation, qui joue sur la proximité et l’intimité. Mais surtout, il y a les incarnations. Dans le podcast, la voix n’est pas seulement un vecteur d’information : elle porte un point de vue, une singularité, parfois même une vulnérabilité. C’est ce qui crée ce lien si particulier avec l’auditeur.
Des post-it et des podcasts.
Un mur, des post-its, une explosion de références. Chacun est invité à noter les podcasts qu’il écoute, parfois ceux qu’il produit. Peu à peu, une cartographie spontanée du paysage sonore du groupe se dessine, constituant une ressource commune pour mieux décrypter les narrations sonores.
Et un point de départ pour explorer de nouvelles écoutes..
RTBF : Les tueurs du Brabant – Le voyage du Stradivarius Feuermann – Amour, drag et courrier – Déclic – Grandeur Nature – Dr Boogie – L’heure H – Un jour dans le sport – Un jour dans l’Histoire.
Radio France : Par Jupiter / C’est encore nous – Grand bien nous fasse – La terre au carré – LSD – Affaires culturelles – Cultures Monde – Mécaniques du vivant, Le code a changé – Le grand atelier – Remède à la mélancolie.
RMC : Faites entrer l’accusé
RTL : L’heure du crime
Europe 1 : Hondelatte raconte
Et du côté des podcasts natifs :
Arte Radio : L’insomniaque – Un podcast à soi
Binge Audio : Les couilles sur la table – Le coeur sur la table – Kiffe ta race – A bientot de te revoir
Slate Podcasts : Transfert, Amies, Peak tv
Louie Media : Passage – Emotions
Le Monde – Le goût de M
2 heures de perdues – Fréquence Moderne
Historiff – Rock&Folk
Pepites d’histoire – Studio Biloba
Cerno, l’anti enquete de Julien Cernobori
La poudre de Lauren Bastide
Ecoutez voir de Brigitte Patient – Wave Audio
Pause, le podcast d’Alexandre Mars
Un bon moment de Kyan Khojandi et Navo Ecoutez
Nature – par Fernand Deroussen
NBA Corner de Jean-Hervé Moysan
Métamorphoses d’Anne Ghesquière
Cherchez la femme de Flore Benguigui
Enfin, la touche anglophone :
Eckhart Tolle: Essential Teachings – My dad wrote a porn – Evil Genius – Lovecraft Country – Radio Astronomy bbc sky – You’re deard to me – Girls Gotta Eat.
Le podcast transforme le storytelling non pas en s’opposant à la radio, mais en ouvrant de nouveaux chemins. Il emprunte ses outils, ses savoir-faire, et les déploie autrement : en série, de manière très incarnée parfois et avec une liberté de formes et de tons qui nourrit aussi la radio, en retour.
Le podcast ne remplace pas la radio : il l’oblige à se déplacer, à explorer d’autres formes, d’autres rythmes, d’autres incarnations. Cette journée à la RTBF l’a montré : le storytelling audio est un terrain vivant, en mouvement, où l’expérience, la voix et l’intention comptent autant que les formats.